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Le scolarisé haïtien
Le professeur Pierre Vernet est l'un des principaux dénonciateurs de l'aliénation du scolarisé haïtien par le français.

Âme créole, masque français

Posté le 20 novembre 2002 01:51 dans le Journal L'Union

Héritage d'un passé colonial, corroboré par une volonté manifeste d'exclure l'illettré de la vie publique, le parler français en Haïti est synonyme de connaissances, de bluff et d'exclusion. Ainsi conçu, tout scolarisé haïtien virevolte dans la valse du Saint Français, où son utilisation (bonne ou mauvaise) est censée ouvrir les portes les plus infranchissables et conférer à l'utilisateur le statut de savant, ''privilège élitiste'' auquel le commun des mortels haïtiens (l'analphabète) octroie des dimensions divines et élogieuses.

Haïtien dans son âme profonde, créole dans sa nature guerrière, celui qui a été à l'école, porte de façon perpétuelle et active le masque d'un blanc-pays-français au point de jouer à l'acteur raté, qui décrocherait les pires Oscars encore en phase de conception.

L'origine est d'ordre historique.

A la veille de 1804, quand les mulâtres et les affranchis s'étaient joints aux esclaves noirs pour conquérir l'indépendance, ils ne le firent pas à des fins de collaboration permanente. Une fois l'objectif atteint, des mesures drastiques ont été prises pour mettre de côté cette masse qui portait encore les stigmates de l'esclavage. La première arme utilisée a été l'utilisation du français dans la gestion publique. Ces mulâtres et affranchis qui avaient gagné l'avantage du savoir lire et écrire ont fait du français leur cheval de bataille, dans le processus de marginalisation de la majorité analphabète.

Parler la langue de l'ancienne métropole, absente en chair mais toujours présente dans l'esprit de tous, devenait l'obsession de l'heure. Toute la nouvelle nation était prise dans l'engrenage d'un culte infernal du français. Tout le monde voulait projeter l'image d'un blanc pays, avec le français perché au bout de la langue. Et plus tard on entendra un certain Ussol déclarer : ''françaises sont nos mœurs, nos coutumes, nos idées et qu'on le veuille ou non française est notre âme…'', ceci expliquerait en quelque sorte, pourquoi l'Haïtien est si entiché du français.

L'apport de notre système éducatif. 

Notre système éducatif, monté de toutes pièces par cette langue de minorité, pour une population a majorité créolophone exclusive, a fait perdurer cet attachement des Haïtiens au français. Et cette adoration, de génération en génération, a renforcé l'opacité du masque que portent nos scolarisés.

Selon une étude réalisée par Beaudelaine Pierre (Etid sou rapò Kreyòl ak Fransè nan repwodiksyon sosyal ki fèt nan lekòl an Ayiti), licenciée en Communication Sociale à la Faculté des Sciences Humaines de l'université d'État d'Haïti, les premières tentatives de scolarisation du pays donnaient carte blanche au français. Ceci a contribué à l'exclusion de la population créolophone à cette première phase d'enseignement dans la jeune nation. En 1913, sous le gouvernement de Michel Oreste, un accord a été signé entre l'État Haïtien et les Frères de l'Instruction Chrétienne (FIC) de la France, pour la conception et la vulgarisation d'un nouveau système éducatif. L'État se chargeait de payer les professeurs et de fournir les matériels didactiques, et les FIC posaient la première pierre d'un système d'éducation à la française pour un peuple créolophone.

A-t-on l'exemple d'un seul pays avancé, où l'enseignement se fait dans une langue étrangère maîtrisée variablement par moins de 15% de la population ? Encore une innovation à l'haïtienne !

Chez lui, l'élève haïtien en général n'entretient aucune relation avec le français, alors que arrivé à l'école il doit s'efforcer de l'avoir toujours au bout des lèvres. Une langue que son environne-ment ne connaît pas et qu'il sera obligé d'apprendre à coup de grammaire. Une langue, à laquelle ''il faut plus de dix ans de scolarité régulière… à un jeune Parisien, d'intelligence moyenne, pour acquérir une connaissance satisfai-sante de l'orthographe française. Et encore devra-t-il constamment recourir à un dictionnaire et s'exposer à de faux pas et par là à la risée des autres'', a fait remarquer le professeur Yves Dejean, docteur en linguistique. Le plus insolite scénario connu de la suprématie du français dans notre système éducatif est celui-ci : un élève du cours primaire qui (par quel miracle provoqué par ses parents, est parvenu a obtenir une petite place dans une de ces écoles de bourgeois) a été porter plainte auprès du préfet de discipline contre la brutalité d'un camarade. Arrivé au beau milieu de son récit, le petit garçon souffrant, s'est vu bramé par le responsable, qui lui dit rageusement : '' exprime-toi jeune homme !!!'' ; parce qu'il parlait créole (car on le fait tous quand on est contraint d'exprimer un vrai sentiment ; le masque du français tombe quand on est énervé, blessé…), donc il ne s'exprimait pas ! Par là, le préfet voulait insinuer que le créole, parlé par les 8 millions d'Haïtiens, n'est pas un moyen d'expression ou encore moins un outil de communication. Le degré d'aliénation du scolarisé haïtien par rapport au français est si intense qu'il le pousse à créer une autre langue. Quand il est obligé de parler créole, il faut, là encore montrer qu'il ne le parle pas comme le paysan qui n'a jamais connu les douleurs d'un banc d'école. Il innove une langue qui est tout, sauf le créole. Un brassage de mots créoles dénaturés et d'expressions françaises (souvent hautement académiques et scientifiques) concoctent cette langue, à laquelle on n'a jamais songé à donner un nom.

A l'école on lui apprend que parler français est un signe de noblesse, de haute culture, seul l'inculte fait usage du créole, étiqueté de dialecte. Mais la ma-lice populaire donne la réplique : ''pale franse pa di lespri'', une réplique à laquelle on ne prête guère attention. Le professeur Pierre Vernet fait remarquer q'''Haïti est le seul pays où parler maladroitement une langue est un métier, car celui qui croit maîtriser le français, pense pouvoir occuper n'importe quel poste, parce que parler français en Haïti prédispose à toutes les aptitudes'' A quand cette scolarisation universelle dans notre langue maternelle ? A quand la fin de l'exclusion de la majorité créolophone par cette minorité franco-phone ? A quand la fin de cette aliénation de l'Haïtien qui envoie son enfant à l'école pour apprendre une langue, non pour s'éduquer dans sa propre langue ? Pourquoi le scolarisé haïtien s'adresse-t-il en français à quelqu'un qu'il rencontre pour la première fois ? (rigueur qu'il ne tiendra plus avec le temps) Pourquoi persiste-t-on à perpétuer l'absurde qui fait croire qu'Haïti, avec ses 6.8 millions de créolophones exclusifs sur une population de 8 millions d'habitants, est un pays francophone ? Le temps qu'on trouve les réponses à ces épineuses questions, je vais assister à un cours de français dispensé par un scolarisé qui garde sous son oreiller une grammaire française éditée en 1927. A suivre…

Gaspard DORÉLIEN, ga

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